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Agent Spaghetti - III. Ma Première Mission

L'heure qui suivit fut peut-être la plus longue de ma vie. J'attendais avec impatience la présentation du MIN. Pour tromper mon angoisse, je commençais par repérer les lieux. La réserve de sauce tomate était à peine à une centaine de nez du bureau de... euh... des caisses de frites de l'agent Nez.

A coté de la réserve de sauce tomate se trouvait celle de yaourt et celle de zan.

Alentours, de nombreux agents comme moi erraient dans les locaux exigus. Certains étant de dos, je ne savais donc pas s'ils étaient agents du MIN, jusqu'à ce qu'ils me fassent face et que je voie leur badge. La plupart d'entre eux discutaient, les autres lisaient des revues (des JODN, apparemment).

Puis vint l'heure de la présentation, comme me l'indiqua ma montre. J'en frétillais. Mes yeux s'écarquillaient pour voir les pétards éventuels et les jeux de scène. Mon cou se détendait, j'étais sur la pointe des pieds, et ma tête trépignait, guettant avec émotion d'où pourrait sortir le présentateur. Même ma bouche et mon nez tremblaient de bonheur, car je salivais et mes narines se dilataient.

Tous les autres nouveaux faisant comme moi, cela me permit de constater qui d'autre que moi venait de s'inscrire. Les autres agents, plus anciens (et généralement munis de plâtres à divers endroits), continuaient de lire ou de discuter, regardant en biais ceux qui, comme moi, bouillonnaient en attente de la présentation.

Je me mis donc à compter combien de nouveaux nous étions. Eh bien, j'étais le seul. Et je commençais sérieusement à me demander quand donc la présentation devait débuter... vingt minutes plus tard, rien. J'attendis encore une petite heure... et quatre ou cinq quarts d'heure encore... toujours rien... m'étais-je trompé d'endroit ?

Je demanda alors, à l'agent le plus proche de moi, où était la réserve de sauce tomate. Il me confirma, par une insulte, que j'y étais déjà... Je fus perplexe, et décida de rejoindre l'agent Nez, pour lui demander si la présentation avait été reportée.

Bouche bée, je me mis, pendant que l'agent Nez vantait les mérites de la présentation, à fouiller du regard toute la salle où nous nous trouvions. Je cherchais en vain les miettes de la présentation à laquelle mon supérieur faisait allusion.

Ainsi donc, c'était ça. Je venais de comprendre. J'en restais pantois de l'ingéniosité de la pédagogie des MIN. Apprendre des choses aux gens avec si peu de moyens, voilà qui était stupéfiant.

J'étais fou de joie. Une seconde plus tard, l'agent Nez cria (pardon, hurla) le nom de l'agent Sauce Bolognaise et de l'Agent Obeurre. Ceux-ci accoururent. Ils étaient un mètre plus loin, accroupis par terre, fixant je ne sais quoi au sol. L'un d'eux (qui se révéla être l'agent Obeurre) portait une loupe, et c'est avec celle-ci qu'il fixait le sol. Quant à l'autre, il donnait par moments de grands coups de pied sur le béton.

Puis l'agent Nez se rassit derrière ses caisses de frites, se désintéressant de nous. Je me mis à demander aux deux agents, mes équipiers (quelle joie d'employer ce mot : des « équipiers » ; ahhh... « équipier », quel bonheur), en quoi consistait, au juste, la mission.

Obeurre me désigna une longue traînée de fourmis noires, qui allait d'un mur jusque vers un carton de pizza éventré. Certaines fourmis, qui portaient des miettes sur leur dos, allaient en direction du mur, et les autres dans le sens contraire.

Des Fourmis

Et Obeurre s'accroupit au sol, dégainant sa loupe. Sauce Bolognaise m'expliqua que la loupe, une loupe bouclier à tête chercheuse, était l'équipement de l'agent Obeurre. Cette loupe était en verre incassable capable d'amortir le choc de n'importe quel projectile, même une roquette, et surtout de se diriger par elle-même pour réexpédier les projectiles dans le sens opposé, grâce à sa tête chercheuse. Il parait que c'est très pratique pour jouer au tennis...

Et il se mit à regarder le sol, et à en écraser une de temps en temps. Il n'écrasait que les fourmis isolées, m'expliquant qu'il n'aimait pas les génocides, et donc qu'il préférait les tuer une par une.

Alors je me joins à eux, me demandant ce que je pourrais bien faire pour aider à l'accomplissement de cette mission périlleuse. Quel bonheur je ressentais d'avoir enfin à travailler pour le MIN, même s'il n'existait pas !

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